Signature Patrice Vergriete Maire de Dunkerque et Président de la communauté urbaine

MAIRE DE DUNKERQUE - PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ URBAINE

Dépasser les dogmatismes «gestionnaires» et libéraux [Tribune]

27 novembre 2019

Tribune publiée le mercredi 20 novembre dans le quotidien l’Humanité dans le cadre d’un dossier consacré à la révolution du transport public gratuit.

Réconcilier les Français avec leur avenir suppose un regard neuf sur les réponses à apporter aux deux grands défis contemporains du lien social à retisser et de l’écologie. La gratuité des transports en fait partie  

Ce que les Français attendent de l’action politique aujourd’hui, dans le débat local, comme au niveau national, c’est qu’elle redonne du sens à leur quotidien et de l’envie dans leur avenir commun. Cela passe par des solutions innovantes qui doivent transcender les dogmes du passé pour répondre en même temps à la question sociale et à l’enjeu climatique et écologique.

A Dunkerque, nous en avons un bel exemple. Depuis le 1er septembre 2018, après quatre années de préparation minutieuse, l’agglomération s’est dotée d’un réseau de transport collectif plus performant et totalement gratuit. La mesure connaît un succès fulgurant : la fréquentation a augmenté de 65% en semaine et de 125% le week-end !

Au-delà de la réussite en terme d’affluence, c’est une transformation profonde de la vie quotidienne des habitants qui se fait jour grâce à cette révolution. Tout d’abord, la mobilité n’est plus un facteur d’exclusion, aussi bien pour les personnes âgées isolées qui retrouvent une vie sociale que pour les plus défavorisés qui ont désormais accès à tous les services urbains. Un tiers des nouveaux déplacements que nous enregistrons ne se faisaient pas auparavant.

La gratuité des transports publics a également rendu du pouvoir d’achat à la population : ceux qui prenaient déjà le bus ne paient plus leur billet ou leur abonnement et ceux qui le découvrent (la moitié des nouveaux usagers) économisent en carburant et même parfois vendent leur voiture.

Enfin, au-delà de tout ce que nous avions pu prévoir et imaginer, les bus sont devenus de formidables lieux de vie et de brassage social, renforçant encore la cohésion entre les habitants.

Ce progrès social, reconnu par tous, s’est-il réalisé au détriment de l’environnement ? Tout au contraire ! Dans une agglomération dessinée pour l’automobile après la Seconde Guerre mondiale, la part de la voiture dans les déplacements a reculé, permettant ainsi des améliorations en terme de qualité de l’air et une moindre consommation foncière pour le stationnement en centre-ville.

La gratuité des transports publics a donc permis de concilier la question sociale et l’enjeu environnemental, en montrant aux Dunkerquois qu’une évolution de leur mode de déplacement pouvait changer leur vie, que l’écologie pouvait leur offrir des alternatives positives dans leur quotidien.

Pour parvenir à un tel résultat, il a cependant fallu combattre de nombreux dogmes et idées reçues : « ce qui est gratuit n’a pas de valeur, donc les incivilités vont croître », « il faut payer le bus par principe », « si les recettes ne sont plus corrélées aux dépenses, le service va se déprécier »… Héritages d’une culture « gestionnaire » ou libérale, tous ces dogmes ont la vie dure dans nos politiques publiques et constituent autant de freins à l’innovation. Ils incarnent surtout une confusion entre gestion et vision politique.

L’expérience réussie de la gratuité des transports en commun dans notre agglomération constitue sans doute une rupture dans l’approche libérale classique de la tarification des services publics. Elle nous engage à aller plus loin dans la construction d’une ville « enviable » pour et avec les habitants, à penser autrement le service public et à redonner du sens à la notion de solidarité.

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